Le printemps de l'écriture
Récemment, notre prof de linguistique, lors d'un cours de sémantique, a attiré notre attention sur le fait que le printemps des villes internes(se situant plus loin de la mer) est meilleur et plus attrayant par rapport à celui des villes côtières.
Pour vérifier la véracité de cette théorie et être témoin de la différence prétendue, j’ai décidé de passer quelques jours dans une région interne, à savoir la campagne de Khouribga. Une fois arrivé sur une de ses plaines, j’ai eu du mal à déceler une quelconque différence. Or, petit à petit, avec le soleil qui commençait à prendre de la hauteur et à illuminer le jour, et avec l’odeur de la terre et les senteurs des coquelicots et d’autres plantes encensant le début de jour, j’ai eu des frissons de bonheur et de gaieté inouïs. Je me suis alors dit que la théorie de mon prof est palpable. J’ai donc décidé de m’asseoir pour profiter pleinement de la générosité de la nature. Subséquemment mon attention fut attirée par une vieille dame qui tirait par une cordelette autour du cou une vache, d'une main, et avait un seau dans l’autre. Une fois devant une pile de foin, elle s’arrêt, posa le seau et attela la vache qui commença aussitôt à brouter. La dame la regarda faire un moment, avant de la resserrer entre ses bras, comme un bébé, et l’embrassa sur le museau. Ensuite, tout en chantonnant, elle commença à la caresser lentement et avec douceur, mit le seau en dessous des mamelles du bovidé qu’elle tâta avant de la traire avec délicatesse. Elle ne tarda pas à remplir le seau avec un lait aussi blanc que la neige.
La délicatesse de la vieille dame et la docilité de la vache m’ont rappelé la condition humaine ; pour produire il faut d’abord nourrir. La pensée et, comme notre vache, pour écrire il faut avant tout lire. La lecture est la nourriture de la pensée, cette dernière étant "vachement" généreuse quand elle reçoit une contrepartie. Pareille au feu, pour qu’elle soit constamment attisée, il faut qu’elle soit continuellement alimentée. Et si jamais on lui lâche prise, elle s’endorme et il sera pénible, après, de lui redonner son élan.
Lorsqu'il s'agit d'être prodigue, l’animal et l’humain ne se différencient que de peu, n'est-ce pas?